Où on est la transition énergétique dans le Gard (30)?

Où on est la transition énergétique dans le Gard (30)?

Aujourd’hui, nous vivons une ère où le climat est une préoccupation constante. En France, la transition énergétique s’opère via plusieurs axes : l’efficacité énergétique, la sobriété énergétique et les énergies renouvelables. Ces dernières sont au cœur de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 2019) et dans les plans énergie au niveau des régions. L'Occitanie a pour objectif de devenir la première région à énergie positive et de réduire 50% des émissions de gaz à effet de serre. Pour ce faire, le développement des énergies renouvelables est nécessaire, que ce soit le photovoltaïque, l’hydroélectricité ou l’éolien.
Cette dernière filière, bien qu’elle soit considérée parmi les énergies les plus performantes en termes de puissance, reste sous-développée dans certains départements de la région d’Occitanie. Et ce, non pas par manque de potentiel, mais peut-être par crainte, comme c’est le cas dans le Gard (30).

Alors que certains projets sont étouffés prématurément, d’autres pourraient peut-être voir le jour, comme c’est le cas à Moulézan, une commune dans la gardonnenque qui compte près de 650 habitants.

Qu’est-ce qui fait les facteurs du succès d’un projet éolien, notamment dans un département où la plupart d’entre eux ne sont pas menés à terme ?

Nous sommes récemment allés à la rencontre de M. Lucchini, maire de Moulézan et vice-président de la communauté d'agglomération Nîmes métropole. Il a accepté de faire partager son expérience sur le projet éolien que sa commune accueille, ainsi que les éléments ayant permis de surpasser les difficultés rencontrées. Le projet éolien de Moulézan compte 5 éoliennes qui pourront fournir 11.000 habitants en
électricité et rapporter 100 000 euros par an à la commune, d’après le maire. Il se situe dans le bois des Leins, à l’est du territoire de la commune. Actuellement, le projet est étudié par la DREAL (Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement). Une attention toute particulière est accordée à la présence de l’Aigle de Bonelli sur le territoire. Des contraintes supplémentaires ont été imposées au projet, comme la présence de radars sur les éoliennes pour les arrêter si un oiseau passe à proximité. Petit retour historique : le maire de Moulézan a été contacté par Alstom en 2008 pour installer un projet éolien sur sa commune, ainsi que sur les communes voisines de Crespian et Combas. En effet, le bois des Leins, lieu prévu d’implantation des turbines bénéficiait d’un couloir de vent qui rendait le projet très performant. Il n’a pas abouti à cause d’un problème de sécurité incendie, mis en avant par l’enquête publique. Un très grand incendie a eu lieu dans les environs il y a 25 ans, ce qui a marqué la population. Pas question de prendre de risques sur ce sujet. Le préfet a donc refusé de poursuivre le projet.

Ce dernier a été relancé par la suite en collaboration avec l’entreprise Quadran, uniquement sur la commune de Moulézan, en prenant en compte les erreurs commises précédemment. Une étude approfondie a été menée sur ces risques en réduisant la taille du parc et en collaborant avec l’ONF (Office National des Forêts) et le SDIS (Service départemental d'incendie et de secours). De nouvelles contraintes ont été imposées au projet, par exemple : une distance minimale de deux kilomètres entre les éoliennes et les zones à risque, ainsi que la mise en place de réservoirs d’eau. Le maire de Moulézan a également dû faire face à une certaine opposition : des contestations sont apparues dès l’implantation des mâts de mesure. Une pétition a également été lancée, cependant, la majorité des opposants ne viendraient pas du village en lui-même. Depuis 2008, le maire est en effet réélu alors même que le projet éolien est inscrit dans son programme.

“La transition énergétique tout le monde en parle ; à Moulézan, nous on la fait !”

La résolution est sans doute l'élément moteur qui a permis au projet de revivre et de se poursuivre jusqu’à la finalisation du dossier d’autorisation. Un autre est le travail d’équipe avec les citoyens et le développeur. Effectivement, un travail de détail a été apporté à la résolution technique de potentiels problèmes d’incendies, tout en tenant continuellement informé l’ensemble de la population.

Enfin, les points les plus importants sont la transparence et la concertation. Dès son premier mandat, M. Lucchini avait inscrit le développement des énergies renouvelables dans son programme. Les projets auxquels on croit méritent d’être défendus, c’est ainsi qu’a procédé la commune de Moulézan avec comme leader M. Lucchini. Avec le temps, la proximité avec les habitants de sa commune a forgé un lien de solidarité. À l’instar de plusieurs projets éoliens en France, celui de Moulézan n’a pas échappé à l'opposition. Cependant, par transparence, M. Lucchini a assisté à chacune de leurs réunions afin d’apporter plus d'éclaircissements sur les zones d’ombres qu’il pourrait y avoir et leur montrer à quel point
un tel projet pourrait bénéficier au territoire malgré sa taille imposante pour certains.

Au final, un projet éolien porté par une commune est un projet de territoire qui permet aux citoyens d’en profiter. La production électrique de ce futur parc pourra non seulement alimenter près de 11 000 habitants en électricité et apporter environ 100 000€ à la commune, mais en plus, les citoyens pourront prendre part au capital du projet et bénéficier des retombées économiques au même titre de l’exploitant.

Dans quelques années, le parc éolien de Moulézan pourra devenir un exemple de projet qui bénéficie à tous car les gens qui le portent, en premier lieu le maire, ont su apprendre des erreurs passées et surmonter les obstacles. C’est sur de tels projets que devront s’appuyer les collectivités locales, et notamment la région Occitanie afin d’atteindre ses objectifs climatiques.